Mon corps en désaccord
Caramba ! Je me suis encore fait avoir comme une bleue ! Pourtant, depuis plus de quarante ans on pourrait penser que j'ai assimilé la leçon. Il faut croire que non et c'est assez désagréable.
Plantons le décor.
J'ai commencé l'équitation après le K3 en cours particuliers il y a cinq ans. J'ai expliqué que je n'y connaissais rien et qu'avec mes soucis respiratoires il était fort possible que ça ne marche pas.
Ça a marché. Mieux que ça. Et moi qui n'attendais rien, je me suis prise au jeu.
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Jumper découvre ma tenue pour le CSO d'Halloween. |
À la rentrée, cette année, on m'a proposé pour des raisons d'horaires de passer en cours collectif.
J'ai accepté de tenter l'expérience, pensant que mes progrès pallieraient les nombreuses pauses de récupération qui me sont nécessaires. Force est de constater au bout de deux mois et quelques séances particulièrement pénibles que non.
Au départ, ce qui était convenu, c'était un essai. Ce qui est intéressant, c'est qu'il ait fallu en arriver aux séances pénibles...
Pénibles parce que, même avec ma bonne volonté et mon envie, mon corps ne me permet de faire qu'une seule fois l'exercice, alors que les copines le font trois fois
Parce qu'il ne me permet pas d'attendre mon tour en mouvement, car alors je n'ai plus l'énergie nécessaire pour faire sereinement et correctement ce qui a été demandé.
Parce qu'on doit, de ce fait,demander aux autres de faire attention à me laisser la priorité.
Parce que, même si je fais attention, pendant mes pauses j'ai le sentiment de gêner...
Ce qui a fait tilt, c'est quand Marie, la monitrice a dit : "Tu te mets une pression énorme !" alors que j'essaie juste de FAIRE COMME LES AUTRES.
Sur ce point, mon corps et moi sommes en désaccord. Et ça ne date pas d'hier.
Après ma maladie, j'ai refusé d'être exemptée de sport. Je me revois en 5ème, juste après l'arrêt de mes traitements, faire de l'endurance et ne pas y arriver, me ratatiner en faisant le poirier ou me vautrer en barres asymétriques parce que mon bras droit ne tenait pas. J'ai persévéré jusqu'en terminale mais je n'ai pas passé le bac en sport.
J'ai fait de la danse jusqu'à 40 ans, du vélo, de la rando même en montagne. À chaque fois, j'en bavais mais ce n'était pas si grave. J'essayais de suivre les frangins, les copains, mon conjoint...
Sur le plan professionnel, je faisais comme les collègues : je donnais 20h de cours, j'étais titulaire d'un poste d'organiste prenant, je faisais des concerts...
Un jour, j'ai fait un malaise d'épuisement pendant une répétition. J'y laissais ma santé. J'ai décidé de lever le pied. Ça a été une décision très difficile : je l'ai vécu comme un véritable échec.
En 2003, quand j'ai parlé de mes activités physiques à la pneumologue, elle était assez ébahie.
Quand je lui ai dit que ma limite pour arrêter, c'était quand mes ongles devenaient bleus, elle m'a gentiment expliqué que c'était débile de faire ça, que je pouvais faire un accident cérébral.
C'est à ce moment que j'ai commencé à me rendre compte que je vivais au dessus de mes moyens et que ce n'étais pas drôle, en fait.
Je me suis mise à faire plus attention, mais du coup, ça m'a fait prendre conscience qu'il fallait que j'accepte pleinement les
Avec Madame Psy, on a bien bossé le sujet.
Car ce n'est pas si simple. Surtout quand les autres entrent en piste.
Les inconnus à qui je n'ai pas envie d'expliquer pourquoi ma respiration est si bruyante, pourquoi je ne peux pas parler en marchant vite...
Ceux qui me connaissent, moi et mon histoire, mais ne se rendent pas compte que lorsque je dis "stop", j'ai en fait déjà largement dépassé la limite de l'inconfort...
Les proches que j'ai peur d'ennuyer, ou que j'ennuie, avec mes limitations...
Finalement, oser être en accord avec moi demande une autre forme d'efforts et de l'humilité.
Je n'y arrive pas toujours. La preuve ! Et chaque fois que je me retrouve en désaccord avec mon corps, je suis déçue. Moins par le fait de n'avoir pas réussi que par celui d'avoir cru que je pouvais le faire.
(Et pour les cours d'équitation, nous avons trouvé une solution, c'est l'avantage de monter à cheval dans une petite structure familiale très à l'écoute.)

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