Médicalement vulnérable par gros temps




J'ai commencé cet article juste avant qu'on se retrouve tous confinés chez nous. Je le reprends en le modifiant car il y a eu de grands changements en quelques jours.
Ce n'est que le point de vue du petit bout de ma lorgnette.


Je dois dire que depuis le premier discours du Président annonçant la fermeture de toutes les écoles, collèges et lycées le 12 mars dernier, je me sens soulagée.

Avec mon poumon unique, quand je vois comment ça tourne quand j'attrape un bête rhume, je fais partie des personnes qui risquent de mourir avec les vieux dans cette pandémie de coronavirus.
Il y a quelques semaines, je trouvais que les messages de prévention qu'on entendait n'étaient pas très sympa ni pour nos aînés, ni pour tous mes collègues en fragilité.
"Lavez-vous les mains et ne paniquez pas : ceux qui vont mourir sont vieux et/ou fragiles".
Si vous ne faites pas partie de ces catégories, c'est cool et ça devrait bien se passer.
Lavez-vous les mains.

J'étais concernée, je n'avais pas envie que ce ne soit ma dernière épi... Heu... je n'ai pas trop envie de mourir ces temps-ci, et voilà qu'on me donnait l'autorisation de paniquer dans mon coin ! On en a rigolé ensemble avec une de mes élèves qui est retraitée lors du dernier cours avant confinement !

Aujourd'hui, fragiles ou en pleine santé, jeunes ou vieux, on est tous dans le même bateau et il nous faut être solidaires pour aider les soignants à ce que l'affaire se termine le moins mal possible... Et tel que c'est parti, moins mal est un doux euphémisme.

En réalité, je n'ai jamais paniqué mais depuis que ce nouveau méchant virus s'est invité en France, je suis inquiète et très prudente, comme pour toutes les autres épidémies qui s'attaquent au système respiratoire. C'est ma troisième "grosse" après le SRAS de 2003 et le H1N1 de 2009.
Et tous les ans, il y la "petite", avec de gros guillemets, la grippe saisonnière.

Elle, je maîtrise assez bien. Elle ne m'a encore jamais rattrapée. Je me fais vacciner depuis... Je ne sais même plus quand !
Avant, il fallait être motivé : on recevait l'ordonnance de la sécu, on allait récupérer le vaccin à la pharmacie puis on poireautait des heures dans les miasmes de la salle d'attente du médecin pour se faire piquer alors que l'on n'était pas malade, ça coûtait une consultation et un timbre pour envoyer la feuille de maladie.
Je court-circuitais les dernières étapes en profitant de l'habileté professionnelle de ma belle-sœur ou de ma voisine infirmières.
Aujourd'hui, je reçois l'ordonnance, le pharmacien délivre, pique et télétransmet les documents : dix minutes chrono et c'est réglé. Pourquoi se priver ?

Dans les trucs que je redoute mais pour lesquels on peut faire quelque chose, il y a aussi des méchantes bactéries comme le pneumocoque. On peut aussi se faire vacciner.
J'ai été assidue jusqu'à ce que le protocole change il y a trois ans : on est passé à deux vaccins différents espacés de deux mois pour couvrir tous les types de vilaines bébêtes.
Pendant qu'elle rédigeait l'ordonnance, Mme Pneumo me disait que l'un des deux vaccins était en rupture par stratégie commerciale des labos pharmaceutiques. Évidemment celui par lequel il faut commencer le protocole... Un véritable scandale dont personne n'a entendu parler.
J'ai pu recevoir la première des deux injections fin février. Je dois donc faire la seconde fin avril. Peut-être pour fêter la fin du confinement ?

Pas d'hésitation, vaccination ! C'est mon slogan.
Même en 2009, quand on discutait beaucoup sur la nécessité ou pas de se faire vacciner contre le H1N1, dès que j'ai reçu le papier (puisque je suis fichée avec ma carte de fidélité au vaccin anti-grippal) je suis allée me faire piquer dans le gymnase d'une ville voisine. J'ai gagné un œdème taille pamplemousse pour une semaine, mais ma tranquillité d'esprit valait bien ça : il y avait eu des morts dans notre pays.

Le SRAS de 2003, c'était loin, ça se passait surtout en Asie, mais il se trouvait qu'on devait aller visiter ma sœur qui était aux USA pour plusieurs mois. La méga-grosse boîte qui l'employait nous payait le voyage. Ce qui m'inquiétait, c'était l'aéroport.
J'en avais parlé avec ma généraliste qui m'avait répondu : "Oui... Il serait peut-être bien de porter un masque..."
Ce que je n'avais pas fait devant son manque de conviction et aussi parce que je n'avais pas envie qu'on me regarde comme une bête curieuse...

Pour ce nouveau coronavirus qui paralyse aujourd'hui le monde entier, une petite alarme s'est allumée dans ma tête lorsqu'on a entendu parler des premiers cas en France fin janvier. J'ai commencé à faire attention à ce qui se disait sur le sujet à la radio, mais sans plus, juste pour surveiller.

La lumière s'est mise à clignoter frénétiquement dans le courant de février, quand le virus s'est répandu dans l'Oise. J'ai commencé gentiment à penser à aux risques que je prenais pour mes activités. C'est devenu inconfortable.
Ça m'agaçait beaucoup de devoir me prendre la tête pour ce qui était présenté comme une "espèce de grippe" pour la plupart des gens, les pas vieux et les pas fragiles.

La grippe normale et les maux d'hiver en général, dans mon cas, c'est déjà stratégique : éviter les transports en commun et si pas possible, ne pas trop m'accrocher aux barres, donner mes cours loin des élèves qui arrivent avec la goutte au nez, aérer la salle ensuite, gel hydro-alcoolique* toujours dans mon sac, pas de bise aux gens malades...

Les vacances ont commencé, j'avais des sorties prévues à Paris dont l'afterwork des Aguerris, le 27 auquel je suis allée en voiture, avec la mauvaise conscience de ne pas co-voiturer ni profiter d'une répétition pour rentabiliser mon trajet et l'excuse (bonne ou mauvais, je n'arrive pas à décider) de ne pas vouloir mettre ma santé en danger.
Nous avons parlé du coronavirus dans l'Oise et aussi d'aller voir un spectacle ensemble à la mi-mars. J'ai dit que je faisais super attention et qu'il n'était pas question pour moi de prendre le moindre risque. Le lendemain, j'ai quand même pris ma place pour le spectacle, tout en me disant qu'il était fort possible que je n'y aille pas si la situation s'aggravait.
J'ai aussi profité des vacances pour me renseigner sur ce fichu virus. Mieux vaut connaître son ennemi.
Je voulais être optimiste tout en trouvant que l'évolution des choses puait méchamment.
J'avais l'impression d'être en porte-à-faux dans mes activités, à toujours penser en terme de risque, et ma relation aux autres en était affectée.
Inconfort.

Avec la reprise des cours, l'accélération des événements et en apothéose, la fermeture de toutes les écoles de l'Oise le 6 mars, mon alarme intérieure s'est mise au rouge flamboyant.
C'est devenu carrément très pesant.

Ayant bien en tête que les chiffres donnés étaient sans doute sous évalués, j'avais décidé de m'en tenir à mes activités habituelles "dans un très strict respect des gestes barrière" dont on commençait à bien entendre parler : assurer les cours, les répétitions, aller au cheval, mais éviter les lieux publics fermés le plus possible... Le spectacle à Paris avec les Aguerris ? Ça semblait très compromis....

À partir du 7 mars, j'ai commencé à expliquer à mes élèves adultes et certains parents que la situation devenait dangereuse et qu'il était fort possible qu'à un moment sans doute pas très lointain, je ne vienne plus donner mes cours tout en me demandant comment procéder puisque je n'étais ni en retraite, ni en trop mauvais état pour ne pas travailler.
Le tout arrosé de cette espèce de culpabilité idiote de ne pas pouvoir faire comme les autres, de me sentir petite nature, contre laquelle il me faut lutter constamment... C'est toujours pénible et fatiguant de gaspiller de l'énergie là-dedans.

Ma mère et mes sœurs sont venues voir le Paris-Nice passer sous mes fenêtres le dimanche 8. Je me suis tenue loin d'elles, tout le monde s'est lavé les mains en arrivant, j'ai nettoyé la table à fond quand elles sont parties, me suis lavé les mains et la figure avec la désagréable impression d'être paranoïaque.

Lundi 9, j'ai appelé la médecine du travail pour expliquer que j'étais hautement à risque et demander la marche à suivre.
On m'a renvoyée sur le site internet de l'ARS sur lequel il n'y avait absolument aucune directive à ce sujet.
Par contre, on y trouvait les chiffres officiels pour le département depuis le 5 mars et je me suis mise à consulter le point de situation chaque soir. Même s'il n'y avait pas autant de cas dans les Yvelines que dans l'Oise, la progression était effarante.
Il m'a semblé évident qu'il ne fallait pas que j'aille travailler la semaine suivante. Avis partagé par l'oncopédiatre qui me suit à long terme à qui j'ai demandé conseil.

La question que je me posais était : "Est-ce que j'attend les annonces présidentielles du 12 au soir ?"
J'ai décidé de prendre la température et j'ai appelé ma généraliste le 12 au matin pour demander un arrêt de travail. Qu'elle m'a refusé.
C'est ma généraliste depuis près de trente ans. Elle me connaît bien. Je n'ai qu'un poumon. Je travaille avec des enfants. J'avoue ne pas comprendre.
Même si je peux entendre que les arrêts maladie sont pour les gens qui sont effectivement malades, il me semble qu'on était là dans une situation particulièrement sensible et qu'il fallait me sortir du jeu.

Heureusement, le soir, notre Grand Sachem me sauvait la mise en fermant toute les écoles. Alléluia. Je n'avais pas besoin de faire valoir un droit de retrait.

Le lendemain matin, j'ai appelé mes directeurs en disant que je ne viendrais plus travailler. Eux attendaient la décision des mairies pour les écoles de musique. Deux heures plus tard, les mails annonçant leur fermeture jusqu'à nouvel ordre arrivaient.
Soulagement.

J'envisageais plus sereinement une vie d'ermite recluse dans mon home sweet home, avec mes chats, du rangement de placards, du jardinage, un peu de cheval si possible. Ma super voisine m'a très gentiment proposé de faire les courses pour éviter de m'exposer.

Depuis le 15, ce sera sans cheval et beaucoup de Français, que dis-je, d'humains partagent l'expérience...

Les arrêts maladie pour personnes à risques élevés sont possibles depuis le 18 mars.
Ceux pour les parents sans solution de garde ont été mis en place dès début mars quand les écoles ont fermé dans les zones de cluster.


*mention spéciale à l'École Municipale de Musique d'Élancourt, qui dès la rentrée de janvier a équipé toutes ses salles de gel hydro-alcoolique en prévention de la gastro et la grippe.

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